Voyaige D'Oultremer En Jherusalem (Nompar de Caumont)

 

 

 

 

 

 

 

Né vers 1393 et mort en 1446, Nompar II fut seigneur de Caumont, en Agenais. Il était le fils aîné de Guillaume Raymond II, 14e seigneur de Caumont, 5e seigneur de Samazan et Montpuillan, 1er seigneur de Castelnau et Berbiguires. En 1417, il partit en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle mais la seule chose qu'il en a noté fut une liste des distances jalonnant son parcours. En 1418, il fit un voyage en Terre Sainte, d'où le fameux Voyaige d'outremer en Jherusalem (1420) qu'il nous a laissé. Ce livre nous apprend ce qu'était la condition des pèlerins et la mentalité chevaleresque du XV°s. Il ne s'agit pas de haute littérature mais ce texte est riche d'enseignement. Ceci dit, il révèle également que l'auteur faisait preuve d'une foi ardente et naïve.

 

Le 12 janvier 1427, il fait à Nérac, un traité d'alliance et d'amitié avec Charles d'Albret, comte de Dreux, qui soutenait en Guyenne la cause de Charles VII.

Veuf, il se remarie le 15 février 1434 avec Jeanne de Durfort, fille de Jean et de Jeanne de Gornay et recommence à soutenir la cause de l'Angleterre. On le surnomme alors "le baron Anglais". Après la destruction, sur ordre du roi Charles VII, du château et des fortifications de Caumont, ainsi que de toutes les villes et châteaux lui appartenant, il se réfugie en Angleterre où il mourut en 1446, sans enfants.

 

Nompar fut également l'auteur d'un poème, assez long, peu structuré, destiné à l'éducation des enfants: les Ditz et enseignements.

 

 

 

 

 

 

Extrait du Voyaige d'outremer en Jherusalem :

 

 

 

Je demeurai toute la nuit devant le Saint-Sépulcre et je me confessai. Quand vint le lendemain qui était un samedi, le huitième jour du mois de juillet 1419, j’entrai dans cette chapelle où était le Saint-Sépulcre pour y entendre la messe de Monseigneur saint Georges. Après qu’elle fut achevée et que j’eus reçu Notre-Seigneur, le bon chevalier que je vous ai nommé ci-dessus me donna l’ordre de chevalerie et en signe, l’épée et les éperons dorés. Il me frappa cinq coups en honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur et un en honneur de Monseigneur saint Georges. Puis, le frère religieux qui avait chanté la messe et qui était encore vêtu de ses habits sacerdotaux, et le chevalier me baillèrent ladite épée toute nue en main, tandis que j’étais agenouillé, disant les paroles suivantes : que je prenne cette épée en honneur et révérence de Dieu et de mon seigneur saint Georges, pour garder et défendre la sainte Église et combattre les ennemis de la foi. Je la rengainai alors dans le fourreau que j’avais ceint.

 

Toutefois, on me fit auparavant promettre et jurer six choses sur ledit autel du Saint-Sépulcre, ainsi qu’il est accoutumé de faire à tous ceux qui en ce saint, précieux et digne lieu prennent l’ordre de chevalerie. Lesquelles dites choses s’ensuivent.

Voici les serments que font les chevaliers au Saint-Sépulcre de Notre-Seigneur à Jérusalem et que moi, Nomper, seigneur de Caumont, de Chateauneuf, de Château Cullier et de Berbéguières, ai fait pour le plaisir de Dieu le huitième jour du mois de juillet en l’an de l’Incarnation 1419 :

 

Premièrement, ils promettent de garder et défendre la sainte Église

Secondement, de l’aider de toute sa puissance à conquérir la Terre sainte

Tiercement, de garder et défendre son peuple et faire justice

Le quart, de garder saintement son mariage

Le quint, de ne pas être en lieu et place de faire une trahison

Le sixième, de défendre et garder les veuves et orphelins.

 

Après que Notre-Seigneur Jésus-Christ m’eut fait la grâce d’avoir fait et accompli les choses susdites, je fis mettre la bannière de mes armes toute déployée en l’église du Saint-Sépulcre. À savoir un écu d’azur à trois léopards d’or onglés de gueules et couronnés d’or, laquelle fut mise au côté des armes du roi d’Angleterre. Et quand vint l’heure de prime, les Sarrasins vinrent à la porte de ladite église sainte et moi, ayant achevé entièrement par la grâce de Notre-Seigneur ce que je voulais et désirais ardemment, je m’en allais, m’en retournai dîner à mon logement dans la cité.