La belle Eglantine

 

 

 

Belle Églantine, dans une chambre princière,

devant sa mère cousait une chemise.

 

Celle-ci ne sait mot de l'amour qui la brûle.

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

Devant sa mère elle cousait et taillait ;

mais elle ne cousait pas comme d'habitude :

elle était distraite et se piqua le doigt ;

sa mère s'en aperçut aussitôt.

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Belle Églantine, enlevez bien votre tunique

pour que je voie dessous votre joli corps.

 

- Non, ma mère, la froidure c'est la mort !

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Belle Églantine, êtes-vous souffrante?

car je vous vois le corps pâle et le cœur gros !

 

 

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Ma douce mère, je ne peux vous le cacher :

j'ai aimé un noble capitaine,

le preux Henri qui est si valeureux.

Si vous m'avez jamais aimée, ayez pitié de moi !

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Belle Églantine, veut-il vous épouser, Henri?

- Je ne sais, mère, je ne le lui ai jamais demandé.

 

 

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Belle Églantine, partez d'ici,

dites à Henri que je lui demande

s'il veut vous épouser ou s'il vous laissera ainsi.

- Volontiers, ma mère, répondit la belle.

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

Belle Églantine s'en est allée

tout droit à la demeure d'Henri.

Le comte Henri gisait sur son lit.

Alors, écoutez bien ce que la belle lui dit.

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

- Sire Henri, êtes-vous éveillé ou dormez-vous ?

C'est moi, Églantine au visage clair

Qui vous demande si vous voulez la prendre pour épouse légitime ?

- Bien sûr, dit-il, jamais je n'ai eu une telle joie !

Alors, écoutez bien

Ce que fit la belle Églantine.

 

 

Quand Henri l'entend, il en devient tout joyeux.

Il fait mettre en selle jusqu'à vingt chevaliers

et il emmène la belle en son pays.

Il l'épouse et il fait d'elle une comtesse.

Grande est la joie du comte Henri

d'avoir à lui la belle Églantine.

 

 

 

traduction adaptation : Jean Bescond

 

 

 

Chanson corrompue dans le manuscrit. Les spécialistes pensent qu’à l’origine les couplets devaient être de 4 décasyllabes, suivis d’un refrain de 2 vers inégaux.