La belle Doette

 

 

 

La belle Doette s'assied aux fenêtres,

Lit en un livre, mais son cœur ne s'y intéresse ;

Il lui ressouvient de son ami Doon

Qui est allé jouter en d'autres terres.

Et j'en ai deuil.

 

Un écuyer par les escaliers de la salle

Est descendu, il a défait sa malle.

La belle Doette descend l'escalier ;

Elle ne pense pas ouïr mauvaise nouvelle.

Et j'en ai deuil.

 

La belle Doette lui demanda aussitôt :

Où est mon époux que je ne vis depuis si longtemps ?

Celui-ci eut telle douleur qu'il pleura de pitié.

La belle Doette aussitôt se pâma.

Et j'en ai deuil.

 

La belle Doette s'est dressée debout,

Elle voit l'écuyer, elle se dirige vers lui ;

Elle est dolente et attristée en son cœur,

À cause de son mari dont elle ne voit pas trace.

Et j'en ai deuil.

 

La belle Doette se prit à lui demander :

Où est mon époux que je dois tant aimer ?

Au nom de Dieu, dame, je ne cherche plus à vous le cacher :

Messire est mort, il fut tué au tournoi.

Et j'en ai deuil.

 

La belle Doette commence à exhaler sa douleur.

Vous y allâtes pour votre malheur, comte Doon, loyal et débonnaire.

Pour l'amour de vous je vêtirai la haire,

Et sur mon corps il n'y aura pelisse de vair.

Et j'en ai deuil.

 

Pour vous je deviendrai nonne en l'église Saint-Paul.

Pour vous je ferai une abbaye telle

Qu'au jour fixé de la fête du saint,

Si nul y vient qui ait trahi son amour,

Il ne saura trouver l'entrée du moutier.

Et j'en ai deuil.

Pour vous je deviendrai nonne en l'église Saint-Paul.

 

La belle Doette a commencé à faire son abbaye ;

Elle est très grande et sera plus grande encore :

Elle veut y attirer tout ceux et celles

Qui pour l'amour savent endurer peine et malheur.

Et j'en ai deuil.

Pour vous je deviendrai nonne en l'église Saint-Paul.