A la fontaine...

 

 

 

A la fontaine qui sourd sous la ramée,

j'ai rencontré une pastourelle

qui n'était pas vilaine

et qui gémissait d'amour :

« Dieu ! quand me viendra mon ami doux ? »

Pitié, pitié, douce Marote,

ne tuez pas votre ami doux !

 

« De ma grande beauté

que ferai-je, hélas !

Si j'osais aimer,

volontiers j'aimerais.

Mais je n'ose à cause de mon père

et à cause de ma marâtre.

Pourtant il est trop tard pour m'empêcher d'aimer,

car j'aimerai mon ami doux ».

Pitié, pitié, douce Marote,

ne tuez pas votre ami doux !

 

Et le chevalier

l'ayant entendue,

a mis le pied hors de l'étrier .

Il descend dans le pré.

Devant elle, il se met à genoux.

« Belle, le voici votre ami doux. »

Pitié, pitié, douce Marote,

ne tuez pas votre ami doux !

 

Sire chevalier,

je ne dis pas non

d'être un jour votre amie,

mais pas aujourd'hui

car j'ai donné mon amour

à tel qui fera la fierté de mes parents »

Pitié, pitié, douce Marote,

ne tuez pas votre ami doux !

 

Quand le chevalier

s'entendit éconduire,

il comprit bien

qu'il avait mal employé sa parole :

« Je vais me faire moine à Royaumont,

mais mon cœur restera auprès de vous »

Pitié, pitié, douce Marote,

ne tuez pas votre ami doux !

 

 

 

 

Traduction adaptation Jean Bescond