Otinel

 

 

 

 

 

 

 

Vraisemblablement composée dans la deuxième moitié du XIIe siècle, cette Chanson de geste met en scène le récit d'une expédition de Charlemagne contre l'empereur Garsile (ou Marsile) qui, après avoir saccagé littéralement Rome, s'est établi en Lombardie. Otinel, neveu de Ferragus, est le messager de Garsile. Ce dernier l'envoie à Paris sommer Charlemagne de lui rendre hommage et d'abjurer la foi chrétienne. Otinel y voit là également un bon moyen de venger son oncle, tué par Roland. C'est donc plein d'amertume et d'insolence qu'il va s'acquitter de sa mission. Roland va relever le défi lancé par le jeune présomptueux. Cependant, ce duel tourne mal car Otinel est plus coriace que prévu. Les Français enragent et prient pour que le combat engagé tourne en faveur de Roland. Dieu envoie alors le Saint-Esprit sur Otinel qui jette son épée et renie sa propre croyance pour celle de Jésus-Christ. Il est baptisé et fiancé à Belisent, fille de Charlemagne, qui lui apporte en dot la Lombardie. Otinel n'acceptera que lorsqu'il aura fait ses preuves de chevalier chrétien. Il marche alors avec les siens contre Garsile, dont il devient l'ennemi le plus acharné et le plus implacable, et, après avoir contribué autant que personne à la défaite du païen, reçoit pour récompense la main de sa promise et la couronne de Lombardie.

 

Il ne faut pas chercher dans cette Chanson de Geste des éléments historiques. Le narrateur imagine que Charlemagne est rentré en France avec ses Pairs après la prise de Pampelune. Il crée de toutes pièces son personnage qu'il fait évoluer au milieu d'individus illustres. Les schémas sont connus, les thèmes courants. La rapidité avec laquelle l'histoire est décrite (un peu plus de 2000 vers) ne permet pas à son auteur de s'attarder sur le côté psychologique des personnages.

 

Si la Chanson d'Otinel n'a pas vraiment marqué la littérature française (elle n'a été conservée que dans deux manuscrits), elle se retrouve cependant dans la littérature anglaise qui nous en offre deux traductions libres ou imitations en vers sous le titre de Sir Otuel ainsi que dans la littérature islandaise où nous trouvons la mention d'un récit intitulé Otinel rimur. Nous voyons aussi dans une compilation islandaise qui a pour titre Saga Karla Magnusar og Kappa Hans un épisode où reparaît, sous la forme 0tuel, le nom du héros de notre Chanson.

 

 

 

 

 

Extrait :

 

 

Ce fu à Pasques, si comme oï avon,

Tint sa cour Kalles à Paris, sa meson.

Adonc i furent li .XII. compaignon ;

Mult fu pleniere, de gient i ot foison ;

Maint conte i ot , maint prince et maint baron,

Maint chevalier qui sunt de grant renom ;

Nus n'i remaint qu'il n'i viengne à bandon,

Qui de lui tiengne ne chastel ne donjon.

.I. plet devisent dont sont en contençon,

Que il iront contre Garsilion,

Le roi d'Espaigne , qui tant par est félon ;

Mes ainz que faille du jor la luoison,

Orront novelles dont seront en friçon.

Se Dex n'en pense par son saintisme nom,

De douce France perdront la région.

Es .I. message qui Otinel ot non,

Messages fu au roi Garsilion ;

Parmi Paris chevache à esperon,

Vint ou paies, si descent au perron,

Les degrés monte, si demande Karlon.

Ogier encontre et Gautier le baron;

Il li demande[nt] bellement, sans tençon :

« Amis , d'ont [estes] ? comment avez vos non ? — Seignors, dit [il], Otes m'apele l'on;

« D'Espaigne sui, la noble région.

« Li rois Garsile, qui tant est riches hom,

« M'envoie à Karle, le cuvert, le félon,

« Le viel redois, qui ait maléiçon. »

Ogier respont sans nule arestoison ;

« Véez le là, à ce flori grenon,

« A la grant barbe, à l'ermin peliçon;

« Et c'est Rollans au vermeis ciglaton,« Et, d'autre part, son très chier compaignon,

« Ce est li quens qui Olivier a non. »

Adont dit Otes, li Sarrasin félon :« Car pléust ore à mon seignour Mahom« Que je l'eusse pendu au chaïgnon,

« Les .XII. pers tués à .I. baston ! »

Et dit Ogier : « Mult par estes félon ;

« Tu pues mult bien esmovoir tel tençon

« Dont tu auras ou col le chaïgnon. »

Dist Otinel : « Ne vos prise .I. bouton,

« Ne vos ne home vaillant .I. esperon. »

 

 

 

 

 

Feuillet de la Chanson de Geste Otinel, Prologue.

Source

Otinel, fin du prologue.

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