La Chanson de Roland

 

 

 

 

 

 

 

Il s'agit de la plus connue et de la plus ancienne Chanson de Geste que nous possédons (1070). Elle s'inspire de faits historiques qu'elle enjolive. Elle est construite selon deux mouvements: la trahison de Ganelon, le beau-père jaloux de Roland, l'attaque de l'arrière-garde de l'armée franque par les sarrasins, défense héroïque de Roland, d'Olivier, de l'archevêque Turpin et de leurs compagnons, qui meurent jusqu'au dernier; puis retour trop tardif de Charlemagne rappelé par le son du cor de Roland, victoire sur les païens qui venge la mort des héros, et jugement du traître Ganelon.

 

 

 

 

 

Voici les passages , issus du chapitre "La Bénédiction de l'archevêque", narrant la mort de Roland, laisses CLXXVIII et CLXXIX.

 

 

 

CLXXVIII

 

Roland sent qu'il n'a plus de temps à vivre;

Il est couché, du côté de l'Espagne, sur un pic aigu

D'une main, il bat sa poitrine:

"Mon Dieu! Mea culpa, par ta vertu

Efface les péchés, petits et grands,

Que j'ai commis dès l'heure où je suis né

Jusqu'à ce jour où je suis ainsi frappé".

Il tend à Dieu le gant de sa main droite:

Les anges du ciel descendent vers lui.

 

 

 

CLXXIX

 

Le comte Roland est étendu sous un pin,

Il a tourné son visage du côté de l'Espagne.

Plusieurs souvenirs lui reviennent à l'esprit:

Les nombreuses terres qu'il a conquises,

La douce France, les hommes de son lignage,

Charlemagne, son seigneur, qui l'a nourri.

Il ne peut faire autrement que pleurer et soupirer.

Mais il ne veut pas s'oublier lui-même,

Il bat sa coulpe et demande le pardon de Dieu:

"O vrai père, toi qui ne mentis jamais,

Qui ressuscitas Saint-Lazare d'entre les morts,

Et préservas Daniel des lions,

Garde mon âme de tous les périls

Pour les péchés que j'ai commis dans ma vie!"

Il a tendu vers Dieu le gant de sa main droite,

Saint-Gabriel l'a reçu de sa main.

Alors sa tête s'incline sur son bras,

Et, les mains jointes, il s'en est allé à sa fin.

Dieu lui envoie un de ses chérubins,

Saint Raphaël, et saint Michel du Péril,

Saint Gabriel vint aussi avec eux.

Ils emportent au Paradis l'âme du comte.

 

 

 

Un passage célèbre, extrait de La trahison de Ganelon :

 

 

 

XXIX

 

Ganelon chevauche sous de hauts oliviers;

Il rejoint les envoyés sarrasins,

Car Blancandrin, pour l'attendre, a ralenti sa marche.

Avec une grande habileté, ils commencent l'entretien.

Blancandrin dit: "Charles est vraiment un homme merveilleux,

Il a conquis la Pouille et toute la Calabre,

Il a passé la mer salée du côté de l'Angleterre

Pour conquérir à saint Pierre le tribut de cette nation;

Mais pourquoi vient-il nous poursuivre chez nous?"

Ganelon répond: "Telle est sa volonté,

Et jamais homme ne tiendra contre lui."

 

 

XXX

 

Blancandrin dit: "Quels vaillants hommes que les Français!

Mais pourtant, ils font grand tort, ces ducs et ces comtes,

Qui donnent à leur seigneur de tels conseils.

Ils le tourmentent et le perdent, et, avec lui, beaucoup d'autres."

Ganelon répond: "Je n'en sais pas un qui mérite ce blâme,

Sauf Roland, et il n'en tirera que de la honte.

Hier matin, l'Empereur était assis à l'ombre;

Son neveu vint à lui, vêtu de sa broigne.

C'était près de Carcassonne où il avait fait un riche butin.

Dans sa main, il tenait une pomme vermeille

"Tenez, beau sire, dit Roland à son oncle,

"Je vous offre les couronnes de tous les rois de la terre."

Mais son orgueil devrait causer sa perte,

Car chaque jour il s'expose à la mort.

Que quelqu'un vienne à le tuer, nous jouirons d'une paix profonde".

 

 

 

Quelques passages après la mort de Roland :

 

 

 

L’empereur fait sonner ses clairons,

puis il chevauche, le valeureux, avec sa grande armée.

De ceux d’Espagne ils ont retrouvé les traces

et ils les poursuivent tous d’une même ardeur.

Quand le roi voit tomber le soir,

sur l’herbe verte en un pré il descend,

il se couche à terre et prie Notre Seigneur

qu’il fasse pour lui arrêter le soleil,

qu’il retarde la nuit et prolonge le jour.

Voici venir à lui un ange qui a coutume de lui parler,

et qui aussitôt lui a ordonné :

« Charles, chevauche, car la clarté ne te manque pas.

Tu as perdu la fleur de France, Dieu le sait.

Tu peux te venger de la race criminelle. »

À ces mots, l’empereur est monté à cheval.

 

 

 

 

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Pour Charlemagne Dieu fit un très grand miracle,

car le soleil est resté immobile.

Les païens fuient, les Francs les poursuivent vivement.

Ils les rattrapent dans le Val Ténebreux.

Vers Saragosse ils les pourchassent à force d’éperons,

à coups redoublés ils les massacrent,

ils leur coupent les routes et les chemins les plus larges.

Et voici devant eux le cours de l’Èbre,

très profond, effrayant et rapide.

Il n’y a là ni canot, ni bateau, ni chaland.

Les païens implorent un de leurs dieux, Tervagant,

puis sautent dans l’eau, mais personne pour les protéger.

Les soldats en armes sont les plus pesants ;

ils coulent à pic en grand nombre ;

les autres flottent à la dérive,

les plus favorisés ont bu tant d’eau

que tous se noient dans d’atroces souffrance.

Les Français s’écrient : « Quel malheur pour vous, Roland ! »

 

 

 

 

 

La Bataille de Roncevaux, détail.
La Bataille de Roncevaux, détail.