Chanson d'Antioche

 

 

 

 

 

 

 

Cette chanson de Geste date de la fin du XIIème siècle (1180). Elle se compose de 9000 alexandrins. Apparemment écrite pour inciter les chrétiens à participer à la croisade, elle serait l'œuvre de deux auteurs: Richard le pèlerin, témoin oculaire, premier à l'avoir relatée, et Graindor de Douai (trouvère) qui l'aurait remaniée en y introduisant les éléments épiques. Antioche (aujourd'hui Antakya, ville de Turquie) fut un haut lieu de la chrétienté, d'où l'importance qui lui est attribuée. Les croisés la prirent en juin 1098 alors qu'elle avait été conquise par les Turcs seldjoukides peu de temps avant, en 1084. Elle fut une principauté franque jusqu'en 1268.

 

 

Le texte retrace les événements depuis la vision de Pierre l'Ermite au Saint-Sépulcre jusqu'à la fin de la deuxième bataille d'Antioche, lorsque les chrétiens sont, à leur tour, assiégés par l'émir Kerbôgha (Corbaran d'Oliferne). Graindor mêle au récit l'aventure romanesque de cinq chevaliers captifs et la prise de Jérusalem aboutissant au couronnement de Godefroi de Bouillon en 1099 .

 

 

 

 

 

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Extrait:

 

 

(chant premier XXV)

 

 

 

Ils souffrent de la faim et de la soif.

 

Dans la vallée de Civetot, les païens sont rassemblés :

 

Corborans leur a commandé tous

 

Qu’aucun ne bouge, avant qu’il n’ait parlé aux français

 

Il pique alors son cheval de ses deux éperons ;

 

Il a emmené avec lui le roi Soliman de Nicée,

 

Baudoin et Richard sont venus à sa rencontre

 

Avec Harpin de Bourges, homme de grand courage.

 

Quand Corborans les voit, il appelle à lui Amidelis:

 

“Va demander aux prisonniers ce qu’ils pensent de tout cela !

 

Qu’ils viennent me parler en toute sûreté !”

 

Amidelis s’en retourne et appelle à lui Richard :

 

“Français, suis-je en toute sûreté ?”

 

“Oui répondit Richard, malheur à toi si tu en as douté !”

 

“Seigneur, reprend Amidelis, rien ne vous sera caché :

 

Si vous acceptez de vous rendre et de suivre la volonté de Corborans

 

Vous serez conduit par lui dans le royaume de Perse

 

Si vous acceptez de croire en Mahomet,

 

Il ne vous arrivera que du bien :

 

Chacun de vous aura un royaume et un très grand pouvoir

 

Et si vous ne le faites pas, vous serez tous tués !”

 

Richard de Caumont répondit : “jamais nous n’accorderons cela

 

Chacun de nous préférerait avoir la tête tranchée

 

Plutôt que d’abandonner la sainte chrétienté

 

Mais nous rendons à sa volonté

 

À condition que nous soyons épargnés”.

 

Amidelis s’en va et rapporte tout à Corborans.

 

En entendant cela, Corborans éclate de rire et dit à Soliman :

 

“Nous avons terminé la guerre,

 

Les Français sont battus et ils meurent de faim.”

 

Corborans d’Oliferne, à haute voix, a appelé sa troupe :

 

“Malheur à vous si un français est touché ou attaqué !”

 

Alors notre troupe fut dépouillée de ses armes,

 

Et fut rassasiée de nourriture et de boisson en quantité

 

Puis on enchaîna les hommes deux à deux,

 

Et tous les poings droits furent liés étroitement derrière leur dos,

 

Et tous en appellent au Dieu de grande majesté:

 

“Seigneur, Père tout puissant ! crient-ils,

 

Prends nous en pitié !” »

 

 

 

 

 

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Carte d'Antioche à Tripoli, basée sur celle dans Kenneth Setton, History of the Crusades, vol. 1, p. 305.

La ligne jaune représente la route suivie par l'armée principale des croisés; la bleue celle entreprise par Godefroi et Robert de Flandres. (Source)

 

 

 

 

 

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Bohémond de Tarente escalade seul les remparts d'Antioche

gravure de Gustave Doré.