Les Chansons d'Aube

 

 

 

 

 

 

Les chansons d'Aube appartiennent à un genre lyrique du XII° et XIII° s. Elles sont appelées ainsi car les amants, qui ne se rencontraient que furtivement la nuit, en oubliaient l'arrivée de l'aube. Ils étaient alors surpris par le chant d'un oiseau, le cri d'un guetteur ou d'un ami, annonçant l'arrivée du petit matin.

Les plus anciennes chansons d'aube ne sont en fait que des remaniements des chansons de femmes, c'est-à-dire des chansons, associées à des danses, qu'exécutaient les femmes lors des fêtes du printemps. Ces chansons ne comportaient alors que le monologue de l'amante. Les formes plus récentes, plus évoluées, contiennent les dialogues des deux amants.

 
 
 
 
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Guetteur de la tour,
regardez tout autour
des murs, et que Dieu vous garde,
car ma dame et son seigneur
se reposent maintenant à l'intérieur
et les voleurs cherchent leur proie.
Hu et hu et hu et hu
je l'ai vu
là-bas sous les coudriers.
Hu et hu et hu et hu
Pour un peu je le tuerais !


Un doux lai d'amour
sur Blanchefleur,
compagnon, je vous le chanterais bien,
n'était la peur
du traître
que je redoute
Hu et hu et hu et hu
je l'ai vu
là-bas sous les coudriers.
Hu et hu et hu et hu
Pour un peu je le tuerais !


Compagnon, je suis inquiet,
moi qui de ce pas
m'endormirais volontiers.
Mais n'ayez crainte !
Qu'il aille à loisir,
celui qui veut suivre ce chemin.
Hu et hu et hu et hu
que soit fait le silence,
compagnon, sur ce chemin !
Hu et hu, j'ai bien su
que nous en aurions de la joie.


Courtois amants,
qui dormez paisiblement
dans cette chambre tranquille,
n'ayez pas peur !
Car jusqu'au jour
vous pouvez vivre votre joie.
Hu et hu et hu et hu
que soit fait le silence,
compagnon, sur ce chemin !
Hu et hu, j'ai bien su
que nous en aurions de la joie.


Guetteur de la tour,
me voilà de retour
de là où je vous écoutais ;
amie et amour
à cet instant,
j'ai obtenu tout ce que j'aime le plus.
Hu et hu et hu et hu
j'ai peu dormi
en la chambre de joie.
Hu et hu, trop m'a nui
l'aube qui me fait la guerre.


Sans manquer de respect
pour le Créateur,
je voudrais sans cesse
que du jour Il fasse une nuit.
Jamais je n'en éprouverais
de tristesse ni de chagrin.
Hu et hu et hu et hu
j'ai bien vu
la Somme de Beauté.
Hu et hu, c'est bien sûr.
Guetteur, adieu pour cette fois !
que nous en aurions de la joie.