Carmina Burana

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Carmina Burana sont aussi appelés "Poèmes de Beuren" ou "Chants de Beuern". Il s'agit de la compilation, dans un manuscrit, de chants écrits par des goliards, c'est-à-dire des moines défroqués ou des étudiants en rupture. Ce recueil a été rédigé dans la première moitié du XIII° siècle, au Tyrol ou en Carinthie. Il n'a été découvert qu'au XIXème siècle, dans l'abbaye de Benediktbeuern, en Haute-Bavière.

 




1. "Fas et nefas ambulant"
Cb 19

 


Fas et nefas ambulant passu fere pari
prodigus non redimit vitium avari
virtus temperantia quadam singulari
debet medium
ad utrumque vitium
caute contemplari

Si Iegisse memoras ethicam catonis
in qua scriptum legitur ambula cum bonis
cum ad dandi gloriam animum disponis
inter cetera
hoc primum considera quis sit dignus donis

Dare non ut convenit non est a virtute
bonum est secundum quid et non absolute
digne dare poteris et mereri tute
famam muneris
si me prius noveris
intus et in cute

Vultu Iicet hylari verbo licet blando
sis equalis omnibus unum tamen mando
si vis recte gloriam promereri dando
primum videas
granum inter paleas cui des et quando


Si prudenter triticum paleis emundas
famam emis munere sed caVeto dum das
largitatis oleum maie non effundas
in te glorior
quia codro codrior
omnibus habundas

 



Traduction:

 


Justice et injustice vont
à peu près du même pas;
le dépensier n'est pas quitte
du vice de l'avare;
la vertu doit considérer
avec une singulière
modération
le milieu entre les deux vices.


Si tu te souviens d'avoir lu
l'éthique de Caton,
où il est écrit :
« évolue parmi les justes »,
quand ton âme est prête à
un don glorieux,
entre tout
pense en premier lieu à
distinguer qui soit digne de ce don.

Donner à qui ne convient pas
n'est pas vertu,

n'est pas le bon absolument :
cela dépend à qui l'on donne;
tu pourras donner dignement et accroître
ta juste renommée,
si auparavant tu me connais
du dedans et du dehors.

Certes, il sied bien
que ton visage soit rayonnant,
que tu donnes un mot poli à chacun;
mais je te demande une chose :
si tu veux acquérir un renom véritable
par ta générosité,
sache d'abord distinguer
le grain de l'ivraie,
à qui tu donnes et quand.

Quand tu auras prudemment trié
le son du grain,
tu recevras la gloire pour ton don.
Mais garde-toi de te laisser submerger
par l'huile de la largesse.

Je me glorifie de toi :
si je suis plus pauvre que Job,
toi, tu as tout en abondance.

 

 

***

 



2. Tempus transit gelidum
Cb 153


Tempus transit gelidum
mundus renovatur
verque redit floridum
forma rebus datur
avis modulatur
modulans letatur
lucidior et lenior aer iam serenatur
iam florea iam frondea silva comis densatur

Ludunt super gramina
virgines decore
quarum nova carmina
dulci sonant ore
annuunt favore
voluchres canore
favent et odore
tellus picta flore
cor igitur et scingitur et tangitur amore
virginibus et avibus strepentibus sonore

Tendit modo recia
puer pharetratus
qui deorum curia
prebet famulatus
cuius dominatus
nimium est latus
per hunc triumphatus
sum et sauciatus
pugnaveram et fueram inprimis reluctatus
et iterum per puerum sum Veneri prostratus

Unam huius vulnere
saucius amavi
quam sub firmo federe
michi copuiavi
fidem coniuravi
fidem violavi
rei tam suavi
otum me dicavi
quam dulcia sunt basi puelle iam gustavi
nec cinamum nec balsarnum esset tam dulce favi

Vrowe ih pin dir undertan
des la mich geniezen
ih diene dir so ih beste chan
des wil dih verdriezen
nu wil du mine sinne
mit dime gewalte sliezen
nu wold ih diner minne
vil suoze wunne niezen
vil reine wip din schoner lip wil mih ze sere schiezen
uz dime gebot ih nimmer chume obz aile wibe hiezen

 


Traduction:

 


Le temps glacé s'en va,
le monde se renouvelle,
le printemps fleuri revient,
la beauté est rendue aux choses.
L'oiseau chante,
et par son chant se réjouit.
Plus clair
et plus doux,
l'air déjà se rassérène;
déjà fleurie,
déjà feuillue,
la forêt épaissit ses frondaisons.

Sur l'herbe jouent
de gracieuses donzelles;
leurs chants nouveaux
résonnant de façon douce à leurs lèvres.
Les oiseaux accordent leurs chants
joyeusement aux leurs
et la terre florissante
exhale ses parfums.
Le coeur donc
est entouré
et touché par l'amour,
quand donzelles
et oiseaux
s'allient en leurs chants.

Il tend ses filets,
le bambin au carquois;
le cœur des dieux
le sert,
lui dont la puissance
est si grande;
par lui je suis vaincu
et blessé :
je me suis battu
et j'ai résisté
de prime abord,
mais finalement
par ce bambin
je suis devenu un valet de Vénus.

Celle-là même dont la blessure
m'a atteint, je l'ai aimée
et je l'ai liée
à moi par un lien solide.
J'ai juré ma foi,
j'ai violé ma foi;
à cette si douce chose
je me suis entièrement donné.
Comme ils sont doux,
les baisers de la jeune fille !
Je les ai bien goûtés :
ni la cannelle,
ni le baume
ne peuvent être aussi doux.

Femme, je te suis soumis !
Laisse-m'en jouir !
Je te sers au mieux que je puis;
cela semble te contrarier.
Tu veux maintenant à ma passion
imposer de force une fin.
Je voudrais maintenant goûter
tant de délices.
Très pure dame,
ta belle bouche
veut trop me torturer !
A tes décrets
je me soumets toujours,
même si toutes les femmes m'appelaient !

 

 

 

 

***

 

 



Ces Carmina Burana sont restés dans les esprits, notamment avec la version musicale de Carl Orff, commençant par le fameux "O Fortuna".

 



O fortuna
Velut luna
Statu variabilis
Semper crescis
Aut decrescis
Vita detestabilis
Nunc obdurat
Et tunc curat
Ludo mentis aciem
Egestatem
Potestatem
Dissolvit ut glaciem

Sors imanis
Et inanis
Rota tu volubilis
Status malus
Vana salus
Semper dissolubilis
Obumrata
Et velata
Michi quoque niteris
Nunc per ludum
Dorsum nudum
Fero tui sceleris

Sors salutis
Et virtutis
Michi nunc contraria
Est affectus
Et defectus
Semper in angaria
Hac in hora
Sine mora
Corde pulsum tangite
Quod per sortem
Sternit fortem
Mecum omnes plangite!

 

 


Traduction:

 


O Chance,
comme la Lune
tu es variable,
toujours croissante
et décroissante;
la vie détestable
d'abord oppresse
et puis calme
comme le jeu s'empare de la raison,
pauvreté
et pouvoir
elle les fait fondre comme glace.

Sort monstrueux
et vide,
tu fais tourner la roue,
tu es mauvais,
vaine bien-portance
toujours divisible,
ombragée
et voilée
tu me tourmentes aussi;
là par le jeu
j'apporte à ta vilenie mon dos nu

Le salut du Sort
et son mérite
est maintenant contre moi,
poussé et affaibli,
toujours en esclavage.
Donc à cette heure
sans délai
pincez les cordes vibrantes;
car le Sort
étend l'homme fort,
pleurez tous avec moi !

 

 

 

 

Une des illustrations pour les Carmina Burana:

 

 

 

 

Un des manuscrits: The Wheel of Fortune

 

 

 

 

 

Allez, je ne résiste pas au plaisir de la musique !