Les ballettes nous ont été transmises par un seul manuscrit dont j'avais déjà eu l'occasion de parler, le manuscrit Douce 308. A l'heure actuelle, on en recense 188. Il est assez difficile de définir le genre. Il semblerait que sa diffusion se soit faite surtout du côté de la Lorraine, ce qui s'expliquerait également par le fait que le manuscrit Douce soit originaire de cette région.

Si rien ne caractérise vraiment la ballette sur le plan thématique ou prosodique, elle est en lien avec la danse. On notera également la présence d'un refrain, pouvant apparaître à une place variable. Il s'agit, finalement, de l'ancêtre du virelai ou de la ballade.
 
 
 
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Pourquoi mon mari me bat-il, pauvrette ? (Chanson de femme)
 

Je ne lui ai fait aucun mal,
je ne lui ai rien dit de mal,
je n'ai fait qu'enlacer mon ami,
seulette.
Pourquoi mon mari me bat-il,
pauvrette ?


S'il ne me laisse pas continuer
ni mener joyeuse vie,
je le ferai traiter de cocu
notoire.
Pourquoi mon mari me bat-il,
pauvrette ?


Oui, je sais bien ce que je vais faire
et comment j'en tirerai vengeance:
j'irai me coucher avec mon ami,
toute nue.
Pourquoi mon mari me bat-il,
pauvrette ?
 
 
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Je les ai au cœur, les jolis maux, comment en pourrais-je guérir ? (Chanson de femme)



Quand le vilain va au marché,
il n'y va pas pour marchander
mais pour surveiller sa femme,
de peur qu'on ne la lui séduise.
Je les ai au cœur, les jolis maux,
comment en pourrais-je guérir ?


Vilain, ôtez-vous donc de là
car votre haleine me tuera.
Je le sais bien: votre amour
et le mien se sépareront encore !
Je les ai au cœur, les jolis maux,
comment en pourrais-je guérir ?


Vilain, croyez-vous tout posséder:
et belle dame et grande fortune ?
Vous aurez la corde au cou
et mon ami la jouissance !
Je les ai au cœur, les jolis maux,
comment en pourrais-je guérir ?

 

 


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Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai. (Chanson de femme)

 


Hier matin, je me suis levée au point du jour,
je suis entrée dans le verger tout fleuri de mon père,
plus de cent fois j'ai souhaité y voir mon ami.
Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai.

J'aimerai mon ami qui m'en a priée ;
il est beau, il est courtois, il l'a bien mérité.
Je lui donnerai mon tendre cœur malgré père et mère.
Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai.

Ma chanson, je t'envoie à tous les amants parfaits et loyaux
qu'ils se gardent bien des hypocrites, mauvais et médisants;
pour moi, si fort est mon amour, je sais que je ne pourrai le cacher !
Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai.

 



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Ne me battez pas, mari de malheur ! Vous ne m'avez pas élevée ! (Chanson de rencontre)



L'autre jour au point du jour,
je chevauchais mon chemin ;
je trouvai une jeune mariée,
près d'un bois feuillu,
que son mari avait battue.
Elle en avait le cœur chagrin,
ainsi donc elle allait disant
ces vers dans sa fureur:
Ne me battez pas,
mari de malheur !
Vous ne m'avez pas élevée !


Elle dit: " On m'a donnée à vous,
vilain, voilà qui me chagrine.
Mais par la Vierge qu'on honore,
puisque vous me maltraitez ainsi,
je choisirai un amant nouveau.
Peu importe à qui cela déplaira !
Lui et moi, nous nous aimerons,
et notre jouissance sera double. "
Ne me battez pas,
mari de malheur !
Vous ne m'avez pas élevée !


Le vilain, qui n'apprécie pas du tout
l'insulte, lui ordonne:
" Passe la première " ; il lui a assené
une grande gifle, puis il lui dit
en la saisissant par la main:
" Recommence un peu ta chanson, maintenant,
et puisse Dieu m'envoyer grande douleur
si je ne te châtie pas comme il le faut ! "
Ne me battez pas,
mari de malheur !
Vous ne m'avez pas élevée ! 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus courageux, vous pouvez retrouver les ballettes, en anglais :