Le roman de Flamenca

 

 

 

 

 

 

 

Ce texte a été composé vers la fin du XIII°s par un troubadour occitan. Il est constitué de 8095 vers octosyllabiques.

Le texte est conservé dans un seul manuscrit, celui de Carcassonne.

 

Son auteur se trouvait dans l'entourage du seigneur de Roquefeuil dont le fief se situait principalement entre l'Aveyron et le Gard. Le titre a été donné a posteriori, par rapport au nom du personnage féminin principal.



L'histoire en est la suivante:

 

 

Le seigneur Archambaut, seigneur de Bourbon, arrive à conquérir la belle Flamenca (dont le prénom signifie "flamboyante"), fille du comte Gui de Nemours. Les noces sont célébrées. Le jeune marié repart seul à Bourbon afin de préparer de son côté une fête digne de ce nom. Il demande au roi de France de lui emmener Flamenca.

Un incident vient interrompre le cours de la fête: la reine remarque qu'une manche de femme est fixée au bout de la lance du roi (ce dernier l'avait mise, on ne sait pourquoi). La reine pense alors qu'il s'agit d'un gage d'amour de Flamenca. Elle fait mander Archambaut. Celui-ci est profondément affecté par cette accusation, même s'il fait semblant de n'en rien croire. Ses soupçons augmentent car l'attitude du roi lui-même envers la jeune épousée est ambiguë. Au départ de ses hôtes, le seigneur de Bourbon éclate en reproches et accuse Flamenca d'adultère. De courtois, il passe soudainement à une certaine violence. Il enferme alors sa femme dans une tour. Elle y restera deux ans, n'ayant le droit de sortir que pour aller à la messe.

Un jeune chevalier, Guillem de Nevers, apprend le sort réservé à la Dame. Il décide d'intervenir, non pas comme aurait pu le faire un chevalier de la Table Ronde, mais dans l'optique de l'aimer et de s'en faire aimer. 

Je n'en dis pas plus, l'histoire se poursuit... Ceci dit, il faut tout de même savoir que la composition n'a pas été terminée. 

Ce roman eut un immense succès de par son originalité. Les scènes de fêtes sont nombreuses et admirablement décrites. Les mœurs sont étudiées avec précision.

 

 

 

 

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Je mets des extraits tirés de la traduction de Paul Meyer:

 

 


Ce fut le samedi après Pâques, au temps où le rossignol accuse par ses chants ceux qui n’ont soin d’aimer. Un loriot par aventure chantait dans le bois, près de Guillaume qui ne pouvait fermer l'œil, bien qu’il fût dans un lit douillet, large et bien blanc. Si naguère il était écu franc, maintenant il se regarde comme serf.
Amour ! s’écrie-t-il, qu’adviendra-t-il de moi ? que ferez-vous de ce chevalier ? L’autre jour vous me promîtes de me conseiller loyalement. Il serait bon de ne pas trop tarder. J’ai suivi de point en point vos ordres : j’ai quitté mes gens et suis venu en ce pays comme un pèlerin étranger, inconnu à tous. Sans cesse je soupire, je souffre, le cœur serré par le désir.
Oui, sans doute, maintenant je fais le malade, mais bientôt je n’aurai plus besoin de feindre, si le mal que je souffre doit m’étreindre longtemps encore. Et vraiment ce n’est pas un mal, c’est un sentiment dans lequel je me complais plus qu’en aucun autre ; mais il y a un proverbe qui dit : Prends l’événement en bien, et tu seras heureux ; prends-le en mal et tu seras malheureux. Je me plains en vain, car vous ne daignez même pas m’entendre ; vous devriez bien me dire un mot, au moins, pour me donner courage.
Mais c’est vous qui avez raison ; moi, j’ai tort de me laisser abattre aussi tôt. Un amant doit avoir un cœur de fer. Et rien que par le nom je prouverai qu’un véritable amant doit être plus ferme que l’aimant.
(….)

 

A ces mots, les bras lui tombent, ses pieds ne le soutiennent plus ; il pâlit et s’évanouit. Un de ses damoiseaux le voyant s’affaisser, le saisit entre ses bras, le presse contre soi et le porte au lit ; jamais on ne fut en si peu de temps serré d’aussi près par l’amour. Le damoiseau a grand peur, car il ne sent plus battre le pouls de Guillaume.
C’est qu’Amour transportait son esprit dans la tour où reposait Flamenca, qui ne soupçonnait guère qu'on fût épris d’elle. Guillaume la tient entre ses bras, il la prie, la caresse si doucement qu’elle ne pouvait s’en apercevoir. Si elle avait pu savoir qui la tenait si tendrement en songe, et si le jaloux était tombé pour toujours en pâmoison, qui pourrait dire le plaisir, le bien-être que Guillaume eût goûtés ? Si cette jouissance tout immatérielle pouvait être partagée, je crois qu’elle aurait bien son charme, car le désir, les espoirs décevants, les illusions procurent une ombre de plaisir.
L’esprit de Guillaume ayant accompli la volonté d’Amour, revint au corps, et celui-ci aussitôt s’éclaira ; les yeux étaient encore fermés que le front et le visage étaient riants, c’était l'aurore; et quand ils furent ouverts, ce fut le soleil dans tout son éclat. Guillaume est beau, son teint est animé et on voit bien qu’il sort d’un lieu pour lui plein de charme, car il en est revenu plus allègre et plus beau que devant. Le damoiseau a tant pleuré que ses larmes ont mouillé le visage de son maître.
- Seigneur, lui dit-il en s’essuyant les yeux bien fort, et moi j’ai eu grand chagrin.
- Bien ! mon ami, reprit Guillaume, tu t’es affligé de mon bonheur.