Le roman de Guillaume de Dole

 

 

 

 

  

 

 

 

Ce roman a été écrit dans la première moitié du XIII°s. Il est également appelé Le Roman de la Rose mais son nom le plus courant est le Roman de Guillaume de Dole pour ne pas le confondre avec celui de Guillaume de Lorris et Jean de Meun .

Jean Renart est un écrivain considéré comme l'héritier de Chrétien de Troyes. En effet, son style rappelle le ton courtois de ses ouvrages. Cependant, le cadre dans lequel il place ses histoires reste original. Ce roman n'est pas son seul écrit. On lui attribue ainsi Galeran de Bretagne, qui reprend et développe un des Lais de Marie de France, celui de Fresne. Le Lai de l'ombre et L'Escoufle sont deux autres de ses oeuvres.

Le Roman de Guillaume de Dole raconte l'histoire suivante: L'Empereur Conrad mène la vie qui convient à un véritable chevalier: il se prend d'affection pour un de ses jeunes nobles, assez pauvre, Guillaume de Dole. Découvrant que celui-ci a une sœur d'une beauté incomparable, l'empereur en tombe sans la voir et décide de l'épouser. Le sénéchal, furieux et jaloux de l'ascension fulgurante du frère et de la sœur, décide d'empêcher le mariage. Il se rend à Dole, fait bavarder la mère de la belle Lienor et apprend que celle-ci a un grain de beauté sur la cuisse en forme de rose.
A son retour, il prétend avoir eu une liaison avec la jeune fille et le prouve en dévoilant l'existence de ce grain de beauté original. L'empereur, meurtri, renonce au mariage et Guillaume, fou de douleur, veut aller tuer sur le champ sa sœur. Lienor décide alors de se laver de tout soupçon en montant un piège ingénieux à l'adresse du sénéchal: elle s'arrange pour lui faire parvenir certains objets au nom de "sa dame", puis l'accuse de l'avoir violée, sans révéler sa véritable identité. Les objets sont découverts sur le sénéchal, les preuves sont accablantes. Le sénéchal étant noble, l'empereur lui laisse le droit de se justifier par le Jugement de Dieu.

 

 

 

 

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Extrait :



Après cela, on ne tarde pas:
Le jugement de Dieu fut tout prêt
A l'église de monseigneur Saint-Pierre,
Qui était couvert de feuilles de lierre.
Tous y viennent, le prince et sa suite,
Et le sénéchal qu'on amène;
Et la pucelle vint avec eux,
Sur le conseil des archevêques,
Pour voir la justification.
Le sénéchal était considéré
Avec reproche, à cause de la ceinture.
Dès l'instant qu'il fut entré
Dans l'eau qui avait été bénite,
A l'instant même, plus vite qu'une cognée,
Le corps s'en va tout au fond
Si bien que la belle Lienor
Vit qu'il était tiré d'affaire, et les autres
Aussi le virent qui de part et d'autre
De la cuve s'étaient attroupés.
Les clercs en louent grandement Dieu
Dans leurs chants et en sonnant les cloches.

Le sénéchal fut ramené joyeusement
Devant l'empereur,
Qui s'en réjouit beaucoup
Ainsi que tous les autres.
La pucelle, sur le champ,
Est revenue au palais.
Tout s'est bien déroulé
Comme elle l'avait prévu.
Elle n'a point pris de repos,
Mais elle va devant l'empereur
Qui est joyeux du grand honneur
Que Dieu a fait au sénéchal.
Sachez bien qu'elle ne pensait pas
Au soulagement que chacun éprouve,
Mais à la douleur qui tourmente son cœur
Pour l'amour de son beau-frère.
« Demoiselle, fait l'empereur,
Le sénéchal est désormais délivré de l'accusation.
- Celui dont les clercs chantent la gloire dans les livres,
Fait la douce, la bonne jeune fille,
Sait bien faire telles courtoisies
Et aider ceux qui veulent le bien.
Priez maintenant vos gens qu'ils m'écoutent.

Pour Dieu, Sire, écoutez bien le fin mot de l'histoire:
Je suis la jeune fille à la rose,
La sœur de monseigneur Guillaume,
Dont la prouesse m'avait conquis
L'honneur de votre royaume. »
En disant cela elle éprouva une grande détresse,
Au point que les larmes coulent sur son visage.
« Et celui-ci, puisse-t-il être sous mes yeux
Mis en pièces par de mauvaises armes,
Fit une visite au manoir et s'arrangea
Pour tromper ma bonne mère,
Qui lui dit toute l'histoire
De la rose que j'ai sur la cuisse.
Beau seigneur Dieu, aussi vrai que j'espère
Pouvoir en cette heure obtenir gain de cause,
Personne ne le savait à ce moment
Sauf mon frère et ma mère et moi.
[…] Si l'honneur et la seigneurie
De ce royaume me sont destinés,
A moi, pauvre malheureuse que je suis,
Quand je ne l'ai pas mérité,
Pour quelle raison les perdrais-je?
De cela je demande justice à la cour. »
Alors l'empereur lui dit très vite:
« Est-ce vous, mon cœur, mon amie? »
Et elle dit: « N'en doutez pas,
Je suis bien la belle Lienor. »
Il saute sur ses pieds, sous les yeux de tous,
Et la prend dans ses bras;
Plus de cent fois il lui baise
Les beaux yeux, le visage et le front. »