Le Tournoi de l'Antéchrist

 

 

 

Chronique publiée sur ce site le 1er Mars 2015

 

 

 

 



 

Un petit mot sur l'auteur tout d'abord : Huon de Méry (certainement Méry-sur-Seine) est un trouvère ayant vécu au XIIIe siècle. Ne m'en demandez pas plus, c'est tout ce que j'ai pu savoir, officiellement du moins. Car ce cher Huon se livre dans son Tornoiement Antéchrist. On apprend ainsi qu'il a rejoint les armées royales en Bretagne. Mais il ne résiste pas à la curiosité d'aller visiter Brocéliande. La mystérieuse fontaine du Chevalier au lion l'attire. Lorsqu'il y arrive, non sans mal, il veut boire. Plongeant la main dans l'eau, il en fait tomber sur la pierre, appelée perron (ou perron de Merlin). Une tempête effroyable se déchaîne. Cela ne vous rappelle rien ? Et que voit-il arriver ? Je vous le donne en mille ! Les chevaliers de l'Antéchrist dont le digne représentant répond au doux nom de Bras-de-Fer. Celui-ci l'amène alors voir un combat entre les partisans de l'adversaire du Christ et les troupes ennemies. Bien entendu, on sait déjà qui gagnera...


Mais là n'est pas l'intérêt de cette psychomachie, dérivée du texte de poète latin Prudence. En effet, il n'est pas rare de lire des textes allégoriques mettant en scène la dualité intemporelle Bien / Mal et donc Dieu / Diable. Mais Huon, qui semble aimer les textes de Chrétien de Troyes, pratique l'intertextualité. Et c'est là, à mon sens, ce qui est original. Il cite implicitement les œuvres de l'auteur champenois et celles de Raoul de Houdenc. Par rapport à ce dernier, on pourra d'ailleurs y retrouver le même jeu sur les noms (Gloutonnie, Couardie...). 


Ce texte a eu un grand succès. N'hésitez pas, d'autant plus que le texte n'est pas difficile à comprendre ! 

 

 



Extrait : 



 (Je coupe volontairement les passages trop descriptifs)

 


En la forest par aventure

Perdi la sens de mon sentier :

Le soleil se voloit couchier,

Qui avait faite sa journée ;

Mès la clarté rest ajornée

De la lune, qui lors leva.

[...]

Sans demorance et sans séjour

Vi la fontaine près de moy ; 

Que fut la quinte nuit de moy

Que la trovai par aventure.

La fontaine n'iert pas oscure,

Ains ert claire comme fin argent.

Mult fut le pré plaisant et gens,

Qui s'ombroioit de sous .I. arbre.

Le bacin, le perron de marbre

Trovai en itele matière,

Et le vert pin, et la chaière

Comme l'a descrit Crestiens.

[..]

Quant je mis la main al puisier,

Tuit le firmament vi troubler.

Quant j'oï puisier, lor vi dubler

Cele tremblour en .IIII. doubles ;

Et si fut mil tans noir et troubles,

Quant j'oï sur le perron versé.

 



Et pour les plus curieux, je vous renvoie à ce site si vous voulez en savoir plus sur la Fontaine de Barenton.